lundi 14 octobre 2013

La mort de l'officier nazi responsable du massacre des Fosses Ardéatines provoque une vague d'indignation à Rome


L'Argentine, où il avait trouvé refuge avec son épouse sous l'identité d'un tranquille hôtelier à San Carlos de Bariloche, au sud-ouest de Buenos Aires, n'en veut pas ; Rome, où il fut rapatrié et condamné en 1998 à la réclusion à perpétuité pour sa participation au massacre des Fosses ardéatines en mars 1944, pas davantage.

La dépouille mortelle de l'ancien capitaine SS Erich Priebke, mort vendredi 11 octobre à 100 ans bien sonnés, dans la capitale italienne où il vivait en résidence surveillée, n'a toujours pas trouvé sa dernière demeure.
"Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour empêcher l'inhumation d'Erich Priebke à Rome, a annoncé, dimanche 13 octobre, le maire de gauche fraîchement élu de la capitale italienne, Ignazio Marino. Ce serait une insulte pour la ville." De leur côté, les autorités catholiques affichent la même fermeté. "Aucune messe de funérailles n'est prévue dans une église de Rome pour Erich Priebke", a déclaré le porte-parole du vicariat de Rome.
Pourtant, son avocat, Paolo Giachini, notoirement proche de l'extrême droite, soutient qu'il a droit à des obsèques religieuses. "L'Eglise appartient aux fidèles, et Priebke était un fidèle", explique celui qui avait mis un appartement à disposition de son client dans le quartier Aurelio, à l'ouest de la Ville éternelle. Aucune paroisse de Rome, dimanche, ne semblait avoir reçu de demande de cérémonie.
"Nous le ferons savoir dès que nous aurons reçu le permis d'inhumer, déclare encore son avocat. Seuls la famille et les amis proches y participeront." Selon les médias italiens, les obsèques devraient avoir lieu mardi 15 octobre, veille de la commémoration des 70 ans de la rafle du ghetto de Rome, le 16 octobre 1943. Le procureur et le préfet de la ville ont pris des mesures afin d'éviter d'ores et déjà toute manifestation à l'occasion de l'enterrement d'Erich Priebke, quel que soit l'endroit où il devrait avoir lieu. Une croix gammée et une inscription "honneur à Priebke" ont été découvertes, samedi, sur un mur, non loin de son habitation.
Pour les Italiens, le nom de cet ancien capitaine SS, né en juillet 1913 à Hennigsdorf (Allemagne), est lié à jamais à celui des Fosses ardéatines et à la mort de 335 otages en représailles à un attentat contre une colonne allemande, le 23 mars 1944. Herbert Kappler, commandant de la police militaire allemande à Rome, et Erich Priebke, son adjoint, désignent d'abord les condamnés à mort de la prison de Regina Coelli pour le peloton d'exécution.
Leur nombre étant insuffisant, ils y ajoutent plus de deux cents prisonniers, auxquels ils adjoindront encore 75 juifs arrêtés dans le ghetto. Le plus jeune a 15 ans. Tous seront systématiquement abattus d'une balle dans la tête le 24 mars. Dans la mémoire collective des Italiens, ce massacre de sang-froid résonne encore comme un Oradour-sur-Glane transalpin.
"IRRESPONSABILITÉ"
A la fin de la guerre, Herbert Kappler est arrêté par les Britanniques, puis remis aux autorités italiennes en 1947, qui le condamnent à la prison à vie. Mais, en 1977, malade d'un cancer, il profite d'une hospitalisation pour s'évader. Il meurt l'année suivante en Allemagne. Erich Priebke, lui, s'enfuit en Amérique du Sud où, en 1991, des journalistes de la chaîne de télévision américaine ABC le retrouvent en Patagonie. Il est extradé en 1995 en Italie.
Au cours de ses procès, le "boucher des Fosses ardéatines", comme il était surnommé, n'a jamais manifesté le moindre remords, se refusant, disait-il, "d'échanger dignité contre une exhibition publique de repentance". Il se décrivait en exécutant zélé des ordres d'Hitler et de Berlin, plaidant "l'irresponsabilité".
Dans un entretien accordé pour ses 100 ans à la chaîne de télévision italienne TGcom, il reprenait encore les thèses révisionnistes sur l'existence des chambres à gaz. "J'attends toujours les preuves", disait-il. "Ceux qui sont morts aux Fosses ardéatines sont des anges, a réagi Riccardo Pacifici, le président de la communauté juive de Rome. Ils s'occuperont de Priebke pour l'éternité."


Quatre jours après la mort du criminel de guerre nazi Erich Priebke, le vendredi 11 octobre à 100 ans, personne ne semble vouloir accueillir ses funérailles, encore moins sa dépouille pour inhumation.
Le corps se trouve actuellement à l'institut de médecine légale de l'hôpital Gemelli, à Rome. Son avocat, Me Paolo Giachini, avait annoncé les funérailles pour mardi, dans une église de la capitale italienne. Mais l'évêché de Rome s'y est opposé. L'avocat a depuis affirmé au quotidien Il Corriere della Sera que la cérémonie, d'ordre privé, pourrait finalement se faire chez lui, en toute discrétion, lundi soir.
Erich Priebke vivait depuis près de quinze ans dans la capitale, assigné à domicile dans un studio de l'ouest de la ville mis à disposition par Me Giachini, après avoir été condamné à la réclusion à perpétuité. Ce capitaine SS, ancien adjoint au commandant de la police militaire allemande à Rome, avait été retrouvé en 1994 en Argentine. Extradé en Italie, il avait été jugé responsable du massacre des Fosses ardéatines dans la capitale italienne en 1944, dans lequel 335 civils avaient été tués dont 75 juifs, en représailles à un attentat contre une colonne allemande.

L'ARGENTINE REFUSE DE RECEVOIR LE CORPS

Me Giachini, qui avait annoncé que Priebke serait enterré près de son épouse à San Carlos de Bariloche (Argentine) où il s'était réfugié après la guerre et avait vécu ensuite paisiblement pendant plus de quarante ans, s'est vu répondre par le gouvernement argentin qu'il refusait de recevoir sur son territoire le corps du criminel.
L'avocat a également mentionné la possibilité d'inhumer son client au cimetière militaire allemand de Pomezia, près de Rome, mais un responsable a affirmé que la chose était impossible, Erich Priebke n'étant pas "mort au combat". En tant que citoyen allemand, Priebke peut cependant "naturellement être inhumé" dans son pays, a précisé le ministère des affaires étrangères allemand.
Dimanche, des militants du mouvement fasciste "Militia" ont tenté de déposer un bouquet de fleurs sous les fenêtres de l'appartement où avait vécu Priebke, mais ils en ont été empêchés par la police. De nombreuses voix, notamment dans la communauté juive romaine, se sont élevées pour rappeler que le 16 octobre serait célébré le 70e anniversaire de la déportation d'un millier de juifs du ghetto de Rome

LA POLICE DE ROME CRAINT DES TROUBLES
Le maire de gauche de Rome, Ignazio Marino, a refusé l'idée d'un enterrement de Priebke dans la capitale italienne aux motifs d'ordre public, même si la loi prévoit normalement que les personnes décédées dans la municipalité puissent y être enterrées. Le préfet de police de Rome, Fulvio della Rocca, a pour sa part interdit lundi, justement pour des raisons d'ordre et de sécurité, toute cérémonie "publique" d'obsèques pour Priebke dans toute la province de Rome.
Entretemps, des voix se sont élevées, parmi les représentants de ses victimes, pour que Priebke soit incinéré. "S'il n'y a pas d'autre solution, alors il faudrait procéder à l'incinération et disperser ses cendres comme le furent celles de nos grands-parents", a déclaré lundi Riccardo Pacifici, président de la communauté juive de Rome.

Le directeur du Centre Simon-Wiesenthal, Efraim Zuroff, qui lutte pour que les criminels nazis répondent de leurs crimes, a lui aussi proposé une crémation. Selon M. Zuroff, celle-ci devrait avoir lieu en Allemagne, qui a "les lois les plus idoines pour éviter que les funérailles et l'inhumation ne se transforment en un show de néonazis" à Rome.