La dépouille mortelle de l'ancien capitaine SS Erich Priebke, mort vendredi 11 octobre à 100 ans bien sonnés, dans la capitale italienne où il vivait en résidence surveillée, n'a toujours pas trouvé sa dernière demeure.
"Je ferai
tout ce qui est en mon pouvoir pour empêcher l'inhumation d'Erich Priebke à
Rome, a annoncé, dimanche 13 octobre, le maire de gauche
fraîchement élu de la capitale italienne, Ignazio Marino. Ce serait une
insulte pour la ville." De leur côté, les autorités catholiques
affichent la même fermeté. "Aucune messe de funérailles n'est prévue
dans une église de Rome pour Erich Priebke", a déclaré le porte-parole
du vicariat de Rome.
Pourtant,
son avocat, Paolo Giachini, notoirement proche de l'extrême droite, soutient
qu'il a droit à des obsèques religieuses. "L'Eglise appartient aux
fidèles, et Priebke était un fidèle", explique celui qui avait mis un
appartement à disposition de son client dans le quartier Aurelio, à l'ouest de
la Ville éternelle. Aucune paroisse de Rome, dimanche, ne semblait avoir reçu
de demande de cérémonie.
"Nous
le ferons savoir dès que nous aurons reçu le permis d'inhumer, déclare
encore son avocat. Seuls la famille et les amis proches y
participeront." Selon les médias italiens, les obsèques devraient
avoir lieu mardi 15 octobre, veille de la commémoration des 70 ans de la rafle
du ghetto de Rome, le 16 octobre 1943. Le procureur et le préfet de la ville
ont pris des mesures afin d'éviter d'ores et déjà toute manifestation à l'occasion
de l'enterrement d'Erich Priebke, quel que soit l'endroit où il devrait avoir
lieu. Une croix gammée et une inscription "honneur à Priebke"
ont été découvertes, samedi, sur un mur, non loin de son habitation.
Pour les
Italiens, le nom de cet ancien capitaine SS, né en juillet 1913 à Hennigsdorf
(Allemagne), est lié à jamais à celui des Fosses ardéatines et à la mort de 335
otages en représailles à un attentat contre une colonne allemande, le 23 mars
1944. Herbert Kappler, commandant de la police militaire allemande à Rome, et
Erich Priebke, son adjoint, désignent d'abord les condamnés à mort de la prison
de Regina Coelli pour le peloton d'exécution.
Leur nombre
étant insuffisant, ils y ajoutent plus de deux cents prisonniers, auxquels ils
adjoindront encore 75 juifs arrêtés dans le ghetto. Le plus jeune a
15 ans. Tous seront systématiquement abattus d'une balle dans la tête le
24 mars. Dans la mémoire collective des Italiens, ce massacre de sang-froid
résonne encore comme un Oradour-sur-Glane transalpin.
"IRRESPONSABILITÉ"
A la fin de
la guerre, Herbert Kappler est arrêté par les Britanniques, puis remis aux
autorités italiennes en 1947, qui le condamnent à la prison à vie. Mais, en
1977, malade d'un cancer, il profite d'une hospitalisation pour s'évader. Il
meurt l'année suivante en Allemagne. Erich Priebke, lui, s'enfuit en Amérique
du Sud où, en 1991, des journalistes de la chaîne de télévision américaine ABC
le retrouvent en Patagonie. Il est extradé en 1995 en Italie.
Au cours de
ses procès, le "boucher des Fosses ardéatines", comme il était
surnommé, n'a jamais manifesté le moindre remords, se refusant, disait-il, "d'échanger
dignité contre une exhibition publique de repentance". Il se
décrivait en exécutant zélé des ordres d'Hitler et de Berlin, plaidant "l'irresponsabilité".
Dans un
entretien accordé pour ses 100 ans à la chaîne de télévision italienne TGcom,
il reprenait encore les thèses révisionnistes sur l'existence des chambres à
gaz. "J'attends toujours les preuves", disait-il. "Ceux
qui sont morts aux Fosses ardéatines sont des anges, a réagi Riccardo
Pacifici, le président de la communauté juive de Rome. Ils s'occuperont de
Priebke pour l'éternité."
Quatre
jours après la mort
du criminel de guerre nazi Erich Priebke, le vendredi 11 octobre à 100 ans,
personne ne semble vouloir accueillir ses funérailles, encore moins sa
dépouille pour inhumation.
Le corps se
trouve actuellement à l'institut de médecine légale de l'hôpital Gemelli, à
Rome. Son avocat, Me Paolo Giachini, avait annoncé les funérailles pour mardi,
dans une église de la capitale italienne. Mais l'évêché de Rome s'y est opposé.
L'avocat a depuis affirmé au quotidien Il Corriere della Sera que la
cérémonie, d'ordre privé, pourrait finalement se faire chez lui, en toute
discrétion, lundi soir.
Erich
Priebke vivait depuis près de quinze ans dans la capitale, assigné à
domicile dans un studio de l'ouest de la ville mis à disposition par Me
Giachini, après avoir été condamné à la réclusion à perpétuité. Ce capitaine
SS, ancien adjoint au commandant de la police militaire allemande à Rome, avait
été retrouvé en 1994 en Argentine. Extradé en Italie, il avait été jugé
responsable du massacre des Fosses ardéatines dans la capitale italienne en
1944, dans lequel 335 civils avaient été tués dont 75 juifs, en représailles à
un attentat contre une colonne allemande.
L'ARGENTINE REFUSE DE RECEVOIR LE CORPS
Me Giachini, qui avait annoncé que Priebke serait enterré près de son épouse à San Carlos de Bariloche (Argentine) où il s'était réfugié après la guerre et avait vécu ensuite paisiblement pendant plus de quarante ans, s'est vu répondre par le gouvernement argentin qu'il refusait de recevoir sur son territoire le corps du criminel.
L'avocat a
également mentionné la possibilité d'inhumer son client au cimetière militaire
allemand de Pomezia, près de Rome, mais un responsable a affirmé que la chose
était impossible, Erich Priebke n'étant pas "mort au combat".
En tant que citoyen allemand, Priebke peut cependant "naturellement
être inhumé" dans son pays, a précisé le ministère des affaires
étrangères allemand.
Dimanche,
des militants du mouvement fasciste "Militia" ont tenté de déposer un
bouquet de fleurs sous les fenêtres de l'appartement où avait vécu Priebke,
mais ils en ont été empêchés par la police. De nombreuses voix, notamment dans
la communauté juive romaine, se sont élevées pour rappeler que le 16 octobre
serait célébré le 70e anniversaire de la déportation d'un millier de juifs du
ghetto de Rome
LA POLICE
DE ROME CRAINT DES TROUBLES
Le maire de
gauche de Rome, Ignazio Marino, a refusé l'idée d'un enterrement de Priebke
dans la capitale italienne aux motifs d'ordre public, même si la loi prévoit
normalement que les personnes décédées dans la municipalité puissent y être
enterrées. Le préfet de police de Rome, Fulvio della Rocca, a pour sa part
interdit lundi, justement pour des raisons d'ordre et de sécurité, toute
cérémonie "publique" d'obsèques pour Priebke dans toute la
province de Rome.
Entretemps,
des voix se sont élevées, parmi les représentants de ses victimes, pour
que Priebke soit incinéré. "S'il n'y a pas d'autre solution,
alors il faudrait procéder à l'incinération et disperser ses cendres comme le
furent celles de nos grands-parents", a déclaré lundi Riccardo
Pacifici, président de la communauté juive de Rome.
Le
directeur du Centre Simon-Wiesenthal, Efraim Zuroff, qui lutte pour que les
criminels nazis répondent de leurs crimes, a lui aussi proposé une crémation.
Selon M. Zuroff, celle-ci devrait avoir lieu en Allemagne, qui a "les
lois les plus idoines pour éviter que les funérailles et l'inhumation ne se
transforment en un show de néonazis" à Rome.
